Pierre Charon

par Ann Zabus

Pour un grand nombre d’Anciens, le Père Pierre, né à Lesterny le 20 mars 1935 et décédé à Villance le 12 octobre 2008, était une figure connue.

Directeur de 1969 à 1979, il connaissait l’établissement depuis longtemps puisque lui-même y avait suivi ses études de septembre 1947 à juin 1954. Le Collège était alors un Alumnat où Pierre Charon a appris à discerner sa vocation à la vie religieuse assomptionniste. Le 20 novembre 1964, jeune professeur, dans un discours, il disait à ses confrères : “Nous remercions le P. d’Alzon à qui nous devons notre formation intellectuelle, notre entrée en religion et plus tard notre sacerdoce.” Nous avons rencontré le Père Pierre qui nous a livré souvenirs et photos avec l’assurance souriante qui caractérise l’homme.

Détermination ? On la trouvera dès 1970 lorsqu’il posera des conditions à son acceptation à sa nomination de directeur : “Comme directeur, il ne faut pas partir perdant. On se plaint de la discipline. Quoi de plus normal lorsqu’il manque de locaux de détente : salle de récréation et ateliers de photo, d’aéromodélisme, d’art créatif… club pour les aînés ? Le sérieux des études dépend aussi de l’équipement : labo de physique, labo de langues. On veut des Internes : il faut éliminer les alcôves au profit de chambrettes”… “On construit et on a un directeur, sinon…” Sitôt terminés, ces locaux sont payés. Ces nouveaux locaux permettront d’en libérer d’autres qui serviront à des cours du soir pour adultes : anglais, néerlandais, espagnol, allemand, français (pour l’ESA), dactylo.

Ce premier changement en augure d’autres. Le moindre ne sera pas l’introduction de la mixité en 1972. “Le sujet était en discussion depuis quelques années déjà. En 1969, j’avais mené une enquête auprès des parents. 50% était d’accord, 10 % indécis et 40 % opposés. En resterait-on au statu quo ? Pas pour longtemps car les demandes de parents pour l’inscription de filles se multipliaient. En 1972, nous avons signé un protocole d’accord constituant l’Association de fait des Ecoles de Rochefort (Saint-Joseph et ICES) , de Jemelle (Sainte-Famille) et de Bure. C’était la consécration d’une recherche qui durait depuis 1969 sur la complémentarité de nos écoles : St-Joseph (Moyennes et Scientifique A) ; Ste-Famille (Moyennes, Scientifique B et Professionnelles), ICES (Techniques langues, Commerciales). Complémentaires, nous vivions aussi dans une excellente entente : compétitions sportives inter-scolaires, marches parrainées Oxfam, échange de professeurs… Le climat était bon pour planifier l’ouverture simultanée de la mixité dans chacune de nos écoles : l’évolution de la société nous y poussait. En 1972-73, sur 149 élèves, nous comptions 5 filles. En 1977-78 sur 145 élèves, elles étaient déjà 50”.

Un autre changement important est l’extension de l’externat. “Notre passé d’alumnat nous a valu à Bure des structures assez fortes d’internat. Ainsi jusqu’en 1967, tous les élèves sont internes. Puis petit à petit la possibilité de retours à la maison s’est ouverte pour des élèves des environs en raison de problèmes de santé ou d’autres circonstances particulières. Mais la libéralisation s’est faite surtout à partir du moment où l’internat de Bure s’est aligné sur tous les autres internats dans le domaine des retours en famille. Voyons-en quelques étapes :

  • Jusqu’en 1950, l’interne ne rentrait chez lui que pour 10 jours durant les vacances de Noël, deux semaines à Pâques et un mois et demi durant les grandes vacances.
  • 1950 : changement de structure, changement de nom (Institut Marie-Médiatrice), changement de rythme. L’institut ne se réservait plus aux seuls aspirants au sacerdoce. Le régime de vacances change : quelques jours à la Toussaint, au Carnaval, à la Pentecôte.
  • 1967 : les élèves rentrent chez eux tous les quinze jours, puis progressivement toutes les semaines.

Ce qui ne veut pas dire que les internes s’ennuyaient. Pendant l’année, ils s’occupaient de l’entretien des extérieurs du Collège et même de certains travaux : la construction des alcôves du dortoir, certaines peintures... Cela leur permettait de parler wallon avec le Frère Emile, qu’ils suivaient également à la ferme pour l’arrachage des pommes de terres, la fenaison etc. Les congés à l’école étaient aussi organisés et l’internat assurait la vie de Collège : grandes promenades en forêt, parties de foot ou de volley, bricolages... Les animations étaient gérées par le Frère Paul, mais aussi par des professeurs : le football par MM. Cornet, Petit et Dumay; le judo par M. Wenin; la gymnastique par Mme Dentz ; La photo et la petite aviation par MM. Leruth, Lamoureux et par le Frère Paul; les émaux par Mme Fouquet et moi-même; les promenades par Mme Gribomont; les pièces de théâtre par les Pères Michel, Richard et par M. Hardy; les travaux scientifiques par M. Dupuis... et j’en oublie peut-être. Les externes pouvaient participer à toutes ces activités. Notre internat était très réputé : des enfants de Bure eux-mêmes étaient internes ! Les élèves revenaient même pendant les vacances pour des périples à vélo organisés par le Frère Paul et Roger Lamoureux à travers la France, l’Autriche, ou l’Allemagne. Ils apprenaient à se surpasser dans l’effort et à se vaincre eux-même, tout cela dans la bonne humeur. Puis le nombre d’internes a progressivement diminué, le rénové a considérablement compliqué les horaires, les externes sont devenus de plus en plus nombreux, le nombre de classes a augmenté et donc l’internat a dû s’organiser autrement.”

Le Frère Paul... Quand les ancien(ne)s reviennent, et plus particulièrement les internes, ils demandent toujours de ses nouvelles. Pourquoi a-t-il quitté le Collège ? “Cela me fait grand plaisir de répondre à cette question, d’autant plus que c’est moi qui ai dû lui communiquer la décision du Conseil Provincial. Son rayonnement a été très grand. Il était arrivé à l’école pour effectuer des travaux de peinture, mais très vite il s’est retrouvé dans les fonctions d’animation : surveillance, atelier photo ou petite aviation. C’est aussi lui qui s’occupait de la maintenance par les élèves d’une partie de la propriété, comme les douves dont se sont par exemple occupés les frères Barras. Il a toujours maintenu un esprit très positif chez bon nombre d’internes et d’externes. Puis le nombre d’internes a diminué, comme je viens de l’expliquer; les grandes périodes de temps libres étaient moins nombreuses, et je ne peux pas taire certaines divergences entre le Frère Paul et d’autres sur les méthodes éducatives. Mais je tiens à dire ici que c’est aux fruits qu’on reconnaît l’arbre : les nombreuses rencontres que le Frère Paul a encore avec d’anciens élèves, les connaissances qu’il a apportées en photos et que certains utilisent dans leur métier... attestent tout ce que nous lui devons. D’autre part, il pouvait s’investir encore plus dans la formation de jeunes à Saint-Gérard qui avec lui deviendra la Bergerie. C’est un lieu de rencontres très demandé, dont le calendrier des réservations est rempli pour plusieurs années d’avance. Il travailla aussi avec des personnes handicapées à la Mouche d’Api.”

“Au-delà de tous ces changements, quelques grandes constantes demeurent. Les plus importantes. D’après ce que je sais, les études au Collège sont toujours exigeantes et l’esprit de famille demeure une valeur essentielle. Nous recevons volontiers au Foyer à Awenne des classes qui se réunissent pour un souper ou une soirée. J’ai pu remarquer là que la bonne humeur, la franchise et la générosité sont encore des valeurs essentielles pour les Collégiens d’aujourd’hui.”


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